Calculer son TJM en freelance : méthode et exemple concret

La plupart des freelances fixent leur TJM au pif. Un pote facture 400, ils arrondissent à 350 pour rester dans la course, et ils démarrent avec un tarif qu'ils seraient bien incapables de défendre en rendez-vous. Deux issues possibles, aucune bonne : soit ils se sous-paient sans même le voir, soit ils lâchent un chiffre qui ne tient sur rien.\n\nUn TJM, ça ne se devine pas, ça se calcule. Tu pars de ce que tu veux vraiment gagner à la fin du mois et tu remontes jusqu'au prix qui s'affichera sur ton devis. Dans ce guide, on voit ce qu'est réellement le TJM, pourquoi facturer à la journée plutôt qu'à l'heure, comment intégrer les charges et les journées que tu ne factureras jamais, et les erreurs qui te font bosser à moitié prix sans que tu t'en rendes compte.

Le TJM, c'est quoi exactement

Le tarif journalier moyen, c'est le montant hors taxes que tu factures pour une journée de boulot. En prestation de services, c'est ton unité de prix de base : un client te demande un budget pour huit jours de mission, tu multiplies ton TJM par huit. Fin du calcul.

Le mot "moyen" a son importance. Tu ne vends pas tous tes clients au même prix, et toutes tes journées ne se valent pas. Le TJM sert de référence : le point de départ de tes devis, l'ancrage à partir duquel tu négocies. Pas un tarif coulé dans le béton.

Un dernier point à avoir en tête tout de suite. Le TJM est un montant hors taxes, et surtout ce n'est pas ce qui atterrit sur ton compte perso. Entre ce que paie le client et ce qui te reste, il y a les cotisations sociales, tes frais pro et l'impôt. C'est précisément pour ça qu'on ne peut pas sortir un TJM sans le poser noir sur blanc.

Pourquoi facturer au jour et pas à l'heure

Facturer à l'heure te pénalise dès que tu deviens bon. Plus tu prends de l'expérience, plus tu vas vite. Tu boucles en deux heures une tâche qui t'en prenait cinq à tes débuts, et tu factures... moins qu'un débutant qui rame dessus. Le monde à l'envers. Le client ne t'achète pas des heures, il t'achète un résultat.

La journée fait sauter ce plafond. Tu vends une journée d'expertise et de livrables, pas des minutes chronométrées. Les devis se simplifient, tu évites les prises de tête sur le quart d'heure grignoté, et tu te poses comme un prestataire qui gère un périmètre, pas comme un salarié qu'on surveille à la pointeuse.

Ça ne veut pas dire que l'horaire disparaît complètement. Pour une micro-intervention, un forfait ou un tarif à l'heure reste parfois plus pratique. Mais ton TJM garde le rôle de boussole : même un forfait, tu le construis à partir de ton coût à la journée.

La méthode de calcul en 3 étapes

Étape 1, pars de ton revenu net visé. Pas de ton ancien salaire brut, pas d'un chiffre d'affaires qui fait joli sur le papier : le net que tu veux vraiment toucher une fois les charges passées. Fixe-le à l'année, mettons 30 000 € net sur douze mois. C'est ton objectif, et tout le calcul se déroule à partir de là.

Étape 2, empile par-dessus les cotisations sociales et tes frais pro. En micro-entreprise, les cotisations sur de la prestation de services tournent autour de 22 % du chiffre d'affaires. C'est un ordre de grandeur à revérifier selon ton activité et l'année en cours, le taux évolue régulièrement. Et en micro, tu ne déduis pas tes dépenses réelles : logiciels, assurance, comptable, matériel, coworking, formation, tout ça sort de ta poche. Fais-en la somme sur l'année.

Étape 3, divise par tes jours réellement facturables. C'est celle que presque tout le monde loupe. Un salarié travaille autour de 218 jours par an, mais toi, tu n'en factureras jamais autant. Enlève les congés et les jours fériés, d'accord, mais surtout le temps passé à prospecter, monter tes devis, tenir ta compta, faire ta veille, te former, sans compter les périodes creuses. En pratique, tu es plutôt entre 150 et 170 jours facturables par an.

La formule complète tient sur une ligne : TJM = (revenu net souhaité + frais pro annuels) ÷ (1 − taux de cotisations) ÷ nombre de jours facturables. Le "÷ (1 − taux)" sert juste à retrouver le chiffre d'affaires à encaisser pour qu'il te reste ton net une fois les cotisations prélevées.

Un exemple chiffré concret

Prends un auto-entrepreneur en prestation de services qui vise 30 000 € net sur l'année, soit 2 500 € net par mois. Il chiffre ses frais pro à 3 000 € par an : abonnements logiciels, assurance pro, comptable, un peu de matériel amorti. Cotisations micro autour de 22 %. Et il table sur 150 jours facturables, ce qui reste réaliste pour une première ou deuxième année.

On calcule d'abord le chiffre d'affaires nécessaire : (30 000 + 3 000) ÷ (1 − 0,22) = 33 000 ÷ 0,78, soit environ 42 300 € de CA à encaisser sur l'année. Tu divises par les 150 jours facturables : 42 300 ÷ 150 ≈ 282 €. Son TJM plancher tourne donc autour de 280 € HT par jour, et c'est le minimum, juste pour atteindre son objectif.

Compare avec le raisonnement au pif. Le débutant se dit : "je veux 30 000 €, je bosse à peu près 218 jours, donc 138 € la journée." Sauf qu'à 138 € sur 150 jours réellement vendus, il encaisse 20 700 € de CA. Retire 22 % de cotisations et 3 000 € de frais, il lui reste dans les 13 000 € net. Moins de la moitié de ce qu'il visait. Deux erreurs empilées, trop de jours comptés et charges oubliées, et sa rémunération est coupée en deux.

Les erreurs qui plombent ton TJM

Diviser par 218 jours. Le piège numéro un. Ces jours-là, c'est ton potentiel de travail, pas ton potentiel de facturation. Une bonne partie file en prospection, en admin et en trous de planning. Raisonne sur les jours que tu vends, pas sur les jours ouvrés.

Confondre chiffre d'affaires et revenu. En micro, le CA qui tombe sur ton compte n'est pas ta paie : les cotisations vont s'y prélever. Caler son TJM comme si tout le CA était pour toi, c'est le meilleur moyen de découvrir le vrai chiffre le jour où l'Urssaf passe à la caisse.

Zapper les frais pro. Chaque abonnement, chaque assurance, chaque outil ronge ce qui te reste. Additionne-les et intègre-les dès le calcul, sinon ils grignotent ta marge en silence, mois après mois.

Recopier le TJM du voisin. Son tarif dépend de ses charges, de ses jours facturables, de son ancienneté, de son marché. Le reprendre sans son contexte n'a aucun sens. Sers-t'en comme repère de marché, jamais comme base de calcul.

Ne jamais le revoir. Ton TJM n'a rien de figé. Tu montes en compétence, la demande grimpe, tes charges bougent ? Recalcule. Un TJM fixé une fois pour toutes, c'est de l'argent que tu laisses sur la table, année après année.

Questions fréquentes

Comment fixer son TJM quand on débute sans historique ?

Même sans mission derrière toi, la méthode ne change pas : tu pars de ton revenu net visé, tu ajoutes cotisations et frais pro, tu divises par un nombre de jours facturables prudent (vise plutôt 150 la première année, le temps que ton planning se remplisse). Tu obtiens un TJM plancher, celui sous lequel tu bosses à perte. Ensuite tu vérifies qu'il reste dans les clous des tarifs pratiqués sur ton marché, et tu le remontes au fur et à mesure que ton carnet se garnit.

Le TJM est-il un montant brut ou net ?

C'est un montant hors taxes que tu factures au client, ni ton net ni ton "brut" au sens salarié. C'est du chiffre d'affaires : cotisations sociales, frais pro et impôt viennent tous se servir dessus. Ce que tu gardes vraiment ne représente qu'une fraction du TJM affiché. D'où l'intérêt de partir du net que tu veux toucher et de remonter, plutôt que l'inverse.

Combien de jours facturables faut-il vraiment compter par an ?

Bien moins que les 218 jours d'un salarié. Une fois retirés les week-ends, les congés, les jours fériés, puis tout le temps de prospection, de devis, d'administratif, de formation et les périodes creuses, il reste en général 150 à 170 jours vraiment vendables par an. Reste prudent là-dessus : un chiffre trop optimiste gonfle ton TJM sur le papier et te fait viser un taux de remplissage que tu n'atteindras pas.

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